jeudi 3 septembre 2026





Quand deux sages confrontent leurs idées, ils en produisent de meilleures ; le jaune et le rouge mélangés produisent une autre couleur.


                           Proverbe tibétain


mardi 28 juillet 2026

Une feuille d'herbe, un miracle : Walt Whitman et la grandeur de l'infime

Une lumière qui jaillit de l'obscurité

L'image qui accompagne ce texte donne à voir une silhouette entourée de particules lumineuses, comme si une énergie invisible émanait du corps même de la figure représentée. Cette lumière diffuse, presque organique, illustre à merveille l'intuition centrale de Whitman : rien n'est inerte, rien n'est simplement matière — tout, jusqu'au plus petit détail du vivant, porte en soi une forme de rayonnement, une dignité secrète qui ne demande qu'à être perçue.

L'égalité de toutes les créations

Ce passage, extrait de Feuilles d'herbe (Leaves of Grass), l'œuvre majeure de Walt Whitman publiée pour la première fois en 1855, développe une pensée radicalement égalitaire appliquée non pas à la société humaine, mais à l'ensemble du vivant et de la matière. Une feuille d'herbe n'est « en rien inférieure au labeur des étoiles » : cette affirmation renverse toute hiérarchie classique entre le grandiose (les étoiles, le cosmos) et l'infime (un simple brin d'herbe au bord du chemin).

Whitman ne se contente pas de cette première égalité : il multiplie les exemples — la fourmi, le grain de sable, l'œuf du roitelet — dans une accumulation qui devient elle-même une forme de célébration. Chaque élément cité, aussi modeste soit-il, est placé sur le même plan de perfection que les phénomènes les plus vastes de l'univers.

Le chef-d'œuvre caché dans l'ordinaire

« La rainette est un chef-d'œuvre digne du plus haut des cieux » : cette phrase résume la démarche poétique de Whitman, souvent qualifiée de panthéiste ou de transcendantaliste. Il n'existe pas, chez lui, de séparation entre le sacré et le profane, entre ce qui mériterait l'admiration et ce qui serait trop banal pour la retenir. Le sacré est partout, ou nulle part — et Whitman choisit résolument de le voir partout, y compris dans une ronce grimpante qui, dit-il, « pourrait orner les salons du ciel ».

Cette inversion des valeurs habituelles — élever la ronce au rang d'ornement céleste — est caractéristique de l'écriture whitmanienne : elle ne cherche jamais à minimiser le grand, mais à faire justice au petit, trop souvent ignoré ou méprisé.

Le corps comme merveille mécanique

Le vers consacré à « la plus infime jointure de ma main », qui « l'emporte sur toute mécanique », introduit une dimension plus intime et corporelle. Whitman, poète du corps autant que de l'âme, refuse de voir dans l'organisme humain une simple machine biologique : chaque articulation, chaque geste, chaque fonction du corps devient une prouesse qui dépasse toute création humaine, aussi sophistiquée soit-elle.

La vache et la souris, révélateurs d'incrédulité

Les deux derniers vers frappent par leur choix volontairement trivial : une vache qui broute « tête baissée », une souris. Rien de plus commun, rien de moins poétique en apparence. Et pourtant, Whitman affirme que cette vache « surpasse n'importe quelle statue » — la vie, même la plus ordinaire, l'emporte toujours sur sa représentation figée, aussi belle soit cette dernière. Quant à la souris, elle devient « un miracle capable de confondre des milliards d'incroyants » : la simple existence de cette créature minuscule suffirait, selon le poète, à ébranler toute incrédulité face au mystère de la vie.

Une leçon d'émerveillement

Ce texte de Whitman n'est pas une simple liste d'exemples pittoresques : c'est une véritable philosophie du regard. Il invite à abandonner les hiérarchies qui nous font distinguer, presque sans y penser, ce qui mériterait notre admiration de ce qui n'en vaudrait pas la peine. Pour Whitman, l'émerveillement n'a pas besoin de grandeur spectaculaire — il suffit de regarder vraiment une feuille d'herbe, une fourmi, une souris, pour y trouver de quoi ébranler toutes nos certitudes sur ce qui compte, et ce qui ne compte pas.


Illustration et citation partagées par Salah Belaid


mardi 5 octobre 2021

Les recommandations de l’Imâm Ar-Rifâ`î


 Dans un de ses discours, l’Imâm Ar-Rifâ`î exhorta l’audience en ces termes : 

« O mon fils, l'ici-bas est une illusion et ce qu'il renferme est voué à la disparition. O mon fils, l'énergie des fils de l'ici-bas est pour l'ici-bas, mais celle des fils de l'Au-delà est pour l'Au-delà. 

O mon fils, préserve-toi du mauvais compagnon, afin que tu ne lui parles pas avec le regret de cette compagnie le Jour où tu comparaîtras devant Dieu. 

O mon fils, ce que tu manges disparaît, ce que tu portes s'use, mais ce que tu fais, tu iras à sa rencontre. Se diriger vers Dieu est une sentence irrévocable, se séparer des bien-aimés est une promesse incontournable. 

L'ici-bas est à son commencement une faiblesse et une paresse et dans son dénouement, une mort et des tombes. Si ses habitants étaient restés, leurs habitations ne seraient pas devenues des ruines . Attache donc ton coeur à Dieu, détourne-toi de tout ce qui est autre. Soumets-toi à Lui pleinement dans tous tes états. Fais que ton comportement dans la voie des pauvres en Dieu soit l'humilité. Fais preuve de rectitude par le service selon les principes de la Loi et préserve ton intention de la souillure des insufflements du mal. Empêche ton coeur de pencher vers les passions des gens. Mange du pain sec avec de l'eau salée que tu auras pris de la Porte de Dieu (i.e. de façon licite), mais ne mange pas une viande tendre et du miel d'une porte autre que celle de Dieu. 

Attache-toi à une cause licite pour gagner ta vie dans le respect de la shari`ah et délaisse la ruse. 

O mon fils, surtout ne brise jamais le coeur des pauvres, malheur à toi si tu le fais. Honore tes liens de parenté et sois généreux avec tes proches. (...). 

Ne fréquente pas les portes des vizirs et des gouverneurs. Visite fréquemment les pauvres et les tombes. 

Sois miséricordieux avec les gens lorsque tu leur parles et parle-leur selon la capacité de leur esprit. Améliore tes manières, sois de bonne humeur avec les autres et écarte- toi des ignorants. 

Réponds aux besoins des orphelins et sois généreux à leur égard. Visite fréquemment les délaissés parmi les pauvres. Dirige-toi vers le service des veuves et sois miséricordieux pour que tu sois englobé dans la Miséricorde. 



Sois avec Dieu, tu verras qu'Il est avec toi. Fais de la sincérité ta compagne dans toutes tes paroles et dans chacun de tes actes.»